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Bulletin d'information du Département de physique de l'Université de Montréal, Été 1998.

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Portrait d'un diplômé

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À discuter avec lui de ses intérêts en recherche, on réalise très vite que Pierre Couture est avant tout un homme de détermination et de passion; détermination dans sa façon de mener à bien ses idées, et passion dans la manière d'en parler. Détenteur d'un baccalauréat en physique (1971) de l'Université de Montréal, Pierre Couture a touché à des domaines divers, de la fusion thermonucléaire aux voitures électriques, et plus récemment à la foudre!

En 1978, peu avant la fin de sa thèse de doctorat à l'INRS, il intègre l'Institut de recherche d'Hydro-Québec (l'IREQ) à titre de chercheur. Associé à la fin des années 1970 au design et au scénario d'opération du Tokamak de Varennes (TdV), il est également amené à travailler au début des années 1980 sur les Tokamaks de Princeton où il acquiert une expérience pratique du fonctionnement de ces machines. L'idée de polariser les déflecteurs du TdV - ces plaques de graphite placées à l'extérieur du plasma principal pour, entre autres, en contrôler le niveau d'impuretés - germe de son travail de thèse (en 1979) et est mise en application in-situ dès le début des années 1990. Mais, avant d'en arriver là, une dizaine d'années se seront écoulées, années au cours desquelles Pierre Couture - sûr de son approche - travaille méthodiquement et avec relativement peu de moyens à démontrer la justesse de son idée. Cet aspect des activités de monsieur Couture est d'ailleurs décrit en détail dans un des chapitres du livre de Michel Trépanier1. En 1991, on assiste à une première mondiale : la polarisation d'un plasma avec déflecteurs qui met en évidence des phénomènes physiques intéressants sur le comportement du plasma. La polarisation permet en effet un contrôle actif de certains paramètres du plasma tels le niveau d'impuretés ou la micro-turbulence.

Dès le début des années 1980, Pierre Couture lance également le projet du moteur-roue né de son souci de répondre au problème de la pollution par les moteurs à combustion classiques. Comme il le dit lui-même, cet intérêt lui vient dans la région new-yorkaise alors qu'il observe des automobiles à perte de vue sur une autoroute à huit voies! Sans entrer dans les détails, l'hybride série à moteur-roue est une technologie compacte, performante et efficace, qui devrait permettre de remplacer le moteur à combustion interne de nos automobiles. Ce moteur-roue à couplage magnétique direct et à couple élevé est en effet compétitif par rapport au moteur à combustion interne, en termes d'accélération, de poids et d'encombrement dans des conditions climatiques sévères. Pour mener à bien son projet, Pierre Couture y consacre de nombreuses heures en dehors de ses activités de recherche en fusion.

En dépit de ce qu'on pourrait conclure à l'examen de ses premières activités de recherche, Pierre Couture n'est pas un physicien des plasmas, c'est un physicien tout court! Un physicien à «large bande»... Initialement attiré par l'astrophysique, sa carrière l'a amené à s'intéresser à des problèmes vastes mais toujours très concrets, comme l'énergie ou l'environnement. Dans tout ce qu'il entreprend, son idée première est de faire appel à la physique de base, celle décrite par les lois les plus connues et souvent les plus simples. Il affirme : «En recherche expérimentale, le rôle d'un physicien est de mettre en lumière les phénomènes importants en s'appuyant sur les lois de la physique; c'est une économie de pensée.» C'est ce schéma qu'il adopte dans les projets qu'il mène à bien. «La physique ouvre des perspectives, car - contrairement à la technologie - les connaissances ne se dégradent pas dans le temps.» D'après lui, la formation en physique doit être la plus large possible. Ainsi, les outils acquis par le physicien l'aident à faire face à l'inconnu.

À l'heure où les universités d'ici et d'ailleurs cherchent à mettre sur pied des programmes de formation très pointue, la vision de Pierre Couture remet donc en perspective la nécessité de transmettre aux étudiants le maximum de connaissances de base dont ils tireront avantage un jour ou l'autre, parce que, «on ne peut pas connaître à l'avance les problèmes qu'on aura à résoudre», dit-il. Pendant ses études de baccalauréat à l'Université de Montréal, ayant bénéficié de la confiance de certains professeurs pour expérimenter par lui-même certains aspects de la physique, il est conscient que la première motivation à la recherche est la soif de connaissances, laquelle doit profiter de la liberté d'expression. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il juge que l'on doit laisser la recherche fondamentale s'exercer (dans des limites raisonnables financièrement) puisqu'elle est la source qui alimente la recherche appliquée. Ainsi, sans doute parce qu'il est un homme créatif lui-même, il agit en 1996 comme président d'honneur au Festival des sciences de la CECM où, depuis lors, le Prix Pierre-Couture est remis chaque année au projet faisant preuve de la plus grande créativité.

Mais ce dernier n'arrête pas là. Parmi ses préoccupations actuelles, trois nouveaux sujets fort concrets stimulent sa curiosité : l'élaboration de réseaux de dispositifs pour la localisation de la foudre, le déclenchement de la foudre par laser (projet conjoint INRS-IREQ auquel il collabore) et - année 1998 oblige - le dégivrage des lignes électriques sous charge!

(1) Michel Trépanier, L'aventure de la fusion nucléaire, la politique de la "Big Science" au Canada, Boréal, 1995

Joëlle Margot

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